Conférence du Samedi 20/11/99. Salle du Chartil à Bonsecours. Association Panorama. Le « Grand Rouen » de la période Mérovingienne au XIIè siècle par Jacques Le Maho chercheur au CNRS

 

L’héritage antique.

Les grandes forêts autour de Rouen se mettent en place au 5è siècle donc après la période romaine, car on retrouve des restes de constructions gallo-romaines et des traces d’activité culturales dans ces forêts.

Les grands axes routiers (voie NS de la forêt du Rouvray à Rouen; route de la vallée du Cailly, etc...) reprennent des voies romaines préexistantes.

On a mis à jour une villa romaine au lieu dit « le Grésil » à Grd Couronne.

Le « Grand Rouen » à l’époque Mérovingienne et Carolingienne.

De nombreuses sépultures mérovingiennes (sarcophages) ont été retrouvées dans l’enceinte des anciens bâtiments antiques. Ces « cimetières » mérovingiens occupent donc des emplacements déjà utilisés pendant la période antique. Des exemples à Maromme, à Franqueville St Pierre etc...

Au 4è siècle, St Victrice, évêque de Rouen (le 8è), crée un monastère en 395 comme l’attestent certains textes de l’époque. Il faut savoir qu’on connaît la correspondance de Victrice et de Martin, évêque de Tours à la même époque. Mais où se trouve ce fameux monastère de Victrice? A ce jour rien ne permet de le localiser avec certitude, mais Mr le Maho propose une hypothèse. Il s’agirait de l’ermitage Ste Barbe situé dans la falaise à Croisset. Cet ermitage apparaît dans les textes au 15è siècle mais il doit être plus ancien. Martin a créé prés de Tours à Marmoutiers (4 km), un monastère dans des grottes. Le parallèle avec cet ermitage et celui de Croisset peut être fait car à l’époque les ordres monastiques étaient souvent établis dans des grottes.

La toponymie héritée du haut Moyen Age se retrouve dans les noms se terminant par Y (iacquas) comme Quevilly, Gouy, St Léger du Bourgdeny (transformé depuis en Bourg Denis).Maromme correspondant au nom de la rivière (Matrona) que l’on retrouve dans la Marne ou dans Martigny, ou encore dans le faubourg Martainville.(on parle d’hydronyme). La première partie du nom correspond généralement à un nom de propriétaire terrien.

La forêt du Rouvray (des chênes) a un caractère royal car le palais se trouvait à Petit Quevilly. On retrouve la même chose prés de Paris avec la forêt du Rouvray ( actuel Bois de Boulogne) et le palais royal de Clichy.

Le quartier actuel de St Sever s’appelait à l’époque Emandreville. Hypothèse de J. le Maho: Relation toponymique avec la reine Ermantrude épouse de Charles le Chauve (841- 877).

On retrouve un ancien château sur l’actuel plateau des Aigles à Bonsecours: Le Catelier de Bonsecours qui est un camp avec levée de terre et fossé. A l’époque de nombreux comtes carolingiens étaient des usurpateurs et des tyrans locaux; on en trouve trace dans des légendes du 12è siècle. Celui de Bonsecours en faisait partie; la légende décrit ses descentes vers la Seine pour piller les bateaux marchands. Son nom de légende (Rutugus?), totalement inventé se voulait comme à l’origine du nom de Rouen.

Avant l’invasion Viking le port de Rouen était relié à de nombreux ports en aval comme Quenneport (Val de la Haye), Grd Couronne... L’économie fluviale de l’époque était « polynucléaire ». Ces ports étaient liés à des abbayes.

Cette histoire va être bouleversée par l’arrivée des « Northmen ».

Le « Grand Rouen » pendant et après l’arrivée des Vikings; la période ducale.

841 marque la remontée de la Seine par des drakkars vikings qui pillent les abbayes.

Vers 880 à 890 le roi Eudes fait transférer les populations des ports de bord de Seine dans l’enceinte de Rouen. Les moines se sont enfuis très tôt; certains vers l’étranger, comme l’actuel Luxembourg), les populations travailleuses et marchandes ont été sûrement déplacées de force vers la ville et ne se seraient pas réfugiées comme on l’écrit souvent. En effet la politique royale voyait un intérêt fiscal à accroître la population de Rouen. A partir de ces départs des « autochtones » les noms de lieux vont changer. La toponymie viking se retrouve dans les villages du bord de Seine ( Harfleur, Honfleur, Couronne...), mais ne gagne que rarement l’intérieur des terres.

A l’époque ducale, vers le 10è siècle, on retrouve un palais ducal à Petit Quevilly. (sur l’emplacement du palais royal précédent)? Richard 1er (942-996) y aurait été élevé. A quoi devait ressembler ce palais? Dans des textes de 1180 on parle de « la grande salle du palais ». Il devait s’agir d’un palais semi-rural constitué d’un semis de constructions avec une salle d’apparat et une chapelle (l’actuelle chapelle           St Julien[1] à Petit-Quevilly qui est donc une chapelle palatine). Henri II Plantagenêt y a séjourné. Il est transformé en Hôpital en 1170.

On connaît un palais moins prestigieux et plus rustique à Oissel vers 1082. C’était une résidence ducale dans laquelle se tenaient de grandes assemblées de justice.

Résidence de chasse(?) à Ste Vaubourg prés de la forêt de Roumare où venait Henri 1er Beauclerc.

Sur le territoire d’Emandreville existence d’un monastère doté par la Reine Mathilde en 1063 ( Notre Dame du Pré = Bonne Nouvelle!). Cette église a toujours été favorisée par les duchesses. ( Vieille habitude héritée de la reine  Ermandrude)?

On connaît aussi des résidence ecclésiastique périurbaines comme le Manoir des Archevêques de Rouen à Déville en 1143, le manoir de St Mathieu rive gauche au 13è siècle.

Existence de très nombreuses abbayes dans la périphérie rouennaise: Abbaye St Paul au pied de la Côte Ste Catherine, donnée aux moniales de Montivilliers en 1035; abbaye de Ste Catherine du Mont sur la corniche de Bonsecours ( protégée au 20è siècle par l’association Panorama; président Claude Chaumat rue de la Mare Bonsecours); abbaye cistercienne à Bondeville, résidence de Templiers à Ste Vaubourg.

Existence de nombreux hôpitaux autour de Rouen, pour isoler la ville de la contagion et mettre les malades « au vert »: St Jacques de Mt St Aignan ( le Mont aux malades?), la léproserie de St Julien à Petit Quevilly.

On retrouve encore actuellement cet héritage de « villages rue » du 11è siècle dans les villes de Petit et grand Quevilly, Petit et Grand Couronne ( Ces termes sont déjà employés dès 1030 à 1040)!

La complémentarité urbaine et suburbaine est bien connue dès le 11è siècle. Exemple de la comtesse d’Eu qui possédait un palais dans la rue St Nicolas à Rouen, et qui avait de nombreuses propriétés rive gauche.

Le « Grand Rouen » de l’époque est une zone nourricière pour la ville. Il y a en effet des forêts pour le gibier, des prairies pour l’élevage, des pêcheries sur les bords du fleuve. Plus spectaculaire dans ce rôle de zone nourricière, l’existence d’un « parc ducal » sur la rive gauche en 1092 qui est une sorte de vaste enclos de plusieurs hectares où l’on trouve du gibier, des viviers, des « vacheries » héritées des traditions anglaises ( après 1066) où l’on élève des vaches et on traite le lait en fromages. ( lesquels)? On retrouve des « vacheries » à Moulineaux, à St Jacques sur Darnétal. On trouve aussi des porcheries dans les forêts de chênes, avec des défends pour éviter que les porcs ne dévastent la forêt. (exemple d’un fossé dans la forêt du Rouvray pris souvent par erreur pour un fossé militaire)! Le parc de Valmont actuel existe depuis le 12è siècle et donne une idée de ce que devaient être ces parcs seigneuriaux de l’époque. (le parc de Valmont est actuellement menacé par son nouveau propriétaire qui ne souhaiterait pas le conserver en l’état).

Les alentours de Quevilly et Couronne étaient cultivés (textes le prouvant). Des pêcheries y existaient (dans un texte de 1010 une certaine Adèle possédait des pêcheries à Quevilly et à Couronne.

On a aussi la preuve de l’extraction de l’argile (fosses) dès cette époque; ce qui fait remonter la tradition de fabrication de poteries bien avant l’invention de la faïence de Rouen!

Des foires suburbaines servaient à l’échange des produits: Foire St Romain dès 970 à 980, foire de St Sever à Emandreville, foire devant St Godard.

Quelques dates...

En 885 il y avait un camp viking à St Sever qui ressemble à tous les camps de bord d’eau de cette époque.

965: Les rouennais écrasent l’armée de Thibault « le tricheur » comte de Chartres; il n’y avait pas de ponts à cette date et on utilisait les bateaux marchands pour passer d’une rive à l’autre.

933: bataille du Pré dans les prairies St Gervais (contre qui)?

1090: Robert Courteheuse est chassé de Rouen, il trouve refuge à Notre Dame du Pré.

1118: fortification du Mont Ste Catherine contre le sire de Gournay.

 


[1] le prieuré de Grammont ( la Sablière) est un autre exemple d’architecture romane de la banlieue rouennaise; ces églises périphériques étant devenues paroissiales ont moins évolué que celles du centre ville d’où leur intérêt comme témoignage du style roman normand. Autres exemples la chapelle St Jacques de Mt St Aignan et St Pierre de Montmartre à Paris!

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